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Une lecture du livre de Moussa Ould Hormat- Allah consacré au Prophète (PSL).
J’ai toujours cru en la culture historique comme irremplaçable outil pour déchiffrer les énigmes du passé, pour se retrouver en les méandres du contemporain et du présent et pour moins sûrement se tromper quand on s’essaye d’être devin (prospectiviste pour faire moderne) de l’avenir. Affecté au Caire, comme diplomate je n’avais dans ma besace en arabe qu’un crédit limité : la récitation d’el fatiha et des versets allant d’al mouawithatt à l’admirable sourate d’ Ar-Rahman ou le clément et mon parler maternel de hassaniya.
Pas vraiment donc habitué aux exercices en la langue classique, j’ai décidé de mieux me familiariser avec elle par la lecture avant d’aborder la grammaire, exercice dangereux pour lequel j’avoue avoir échoué, soit dit en passant. Bref, tout naturellement je me suis mis donc à lire la presse écrite en arabe et tout autre écrit de l’histoire musulmane sur les conseils d’un de nos étudiants en Egypte.
J’ai, à l’occasion, dévoré ainsi Tabari et les classiques comme Ebnou el Kathir et Ebnou Hicham ; les islmaiyat de Taha Hussein, Mahmoud el Aghad ,Ahmed Emin et d’autres et d’autres……y compris même le « Mohammed rassoul el houriya » de Abderahman Cherghaoui, intellectuel marxisant, ancien idéologue du parti Communiste Egyptien.
Bien sûr j’ai lu moult écrits originaux ou traduits en français d’occidentaux hostiles, neutres ou sympathisants de notre prophète ; entre autres Dante, voltaire, Goethe, Lamartine, Roger Caratini, Maxime Rodinson, Massignon et autres islamistes etc. Malgré tout cela les 500 pages et quelque du livre de Moussa m’ont fourni toute une banque de données ignorées par moi.
Pas sur la vie proprement dite du prophète, mais sur l’extraordinaire influence insoupçonnée qu’il a eu sur des hommes illustres issus d’horizons si divers et sur les courants d’idées antagonistes et l’étonnante actualité de ses enseignements quant à notre vie quotidienne et aux grands défis de notre époque.
L’ouvrage abonde en informations traditionnelles connues du grand public et notamment les grandes étapes de la Sirra du prophète.Certes… Mais assurément les scoops, déterrés par Moussa, tout au long des 90 pages de son chapitre intitulé « le prophète et les occidentaux » m’ont surpris et ravis.
Ainsi dans sa partie consacrée aux « …figures emblématiques européennes touchées par la grâce et la miséricorde divines, souligne-t-il » nous y voyons défiler quelques rappels du remarquable livre de Sigrid Hunke «le soleil d’Allah brille sur l’Occident» mais aussi toute une mine d’informations inédites, sauf peut être les écrits archi-connus d’Alphonse de Lamartine.
Beaucoup d’autres découvertes étaient, par contre, ignorées de moi malgré ma curiosité et ma boulimique envie et pratique des livres et de leur attentive lecture… J’y appris, par exemple, l’histoire de la première horloge introduite en Occident en la cour de Charlemagne à Aix la Chapelle; j’y découvris la quasi- repentance de voltaire, corrigeant ses précédentes allégations blasphématoires contre le prophète, quand, se rachetant, il assure :
« Les lois de Mahomet subsistent encore dans toute leur intégrité, et nul prêtre ou docteur n’y a rien changé… » (sic) Ou encore cette surprenante approbation par le grand écrivain du « Siècle des Lumières » de la substance de la révélation de l’envoyé d’Allah : « .. on (l’enseignement du prophète) n’y tombait point dans le blasphème extravagant de dire que trois dieux font un dieu.. » (resic).
J’y appris, aussi, que Victor Hugo s’appellerait Abou Bekr et j’ai eu droit à une relecture des « Orientales » et de « la légende des siècles » et à ces vers tirés de « l’an neuf de l’hégire » -cette seule référence constitue déjà tout un programme- in la « Légende des Siècles » : « Arrivé sur le bord de la tombe profonde j’ai devant moi Allah et, derrière moi le monde »
Et quid d’un autre témoin du même poids Johann Wolfang Goethe, qui « … au delà de l’esprit de son époque se sentait personnellement proche de l’Islam dont il partageait intimement le message principal … » rapporte Moussa citant le professeur allemande Mommsen kathatrina ? Le grand poète germanophone a écrit lui aussi un » Diwan » oriental et occidental par emprunt du titre au mystique et poète persanophone Hafedh ( ou hafez ).
Et Moussa indique que le « Diwan » contenait un chapitre intitulé également « hégire » (une éloquente et surprenante obsession…) Napoléon Bonaparte (qui s’est tant inspiré de l’Islam pour son code civil), Hegel, Montesquieu, Carlyle, Rousseau etc. ont été ébranlés, eux aussi nous dit Moussa, par l’éternelle jeunesse du message du Prophète, par sa rigueur incorruptible, par la logique de sa pensée, la pertinence des sujets traités etc.
Et qui plus est, dans un chapitre intitulé « Le prophète et les problèmes de société »relatif aux droits de la femme, de l’enfant, des personnes âgées, des esclaves, des voisins, des minorités, des animaux, et à la protection du consommateur etc. Moussa nous éclaire sur l’actualité, la cohérence et, surtout, la grande compassion du Prophète. Il met en exergue, d’autre part, ses préoccupations écologiques qui datent, rappelons-le de plus de quinze siècles !
Dans le chapitre « Le prophète et la science moderne » (70 pages) Moussa enrichit le travail de fourmi de Maurice Bucaille (« la Bible, le Coran et la Science ») qu’il rajeunit un peu.
Et comme »beït de sa qaçida » ( ou le « vers essentiel du poème », sa quintessence donc) Moussa étale,dénonce et réfute à force d’arguments en une vingtaine de pages incisives l’islamophobie contemporaine et les inepties, mensonges et contre- vérités d’individus, partis et Etats qui refusent le droit à la différence et laissent éclater qui leur opportunisme, qui leur démagogie électoraliste et leur intolérance et toute leur ignorance de l’Islam, de son universalité et de son apport potentiel à la paix, la concorde et le bien être entre gens, cultures et civilisations.
Alors défilent dans notre mémoire, sans besoin qu’ils soient cités explicitement, Salman Rochdi, Teslima Nassri et autres piètres écrivains sans talent (encensés par un Occident déboussolé) qui « …usent du blasphème pour vendre leurs écrits… » (Menathir Bhutto dixit), les caricaturistes haineux, les déclarations d’hommes politiques occidentaux ( et même de sa sainteté le Pape) en quête du vote des racistes et des xénophobes, les croisades ( de fait) de pays respectables contre le foulard, la Burqa, les minarets etc.
Qui mettraient en péril (pêle-mêle) leurs laïcité, les fondements de leurs républiques et/ou démocraties, leurs héritages culturels, leurs traditions, insulteraient et minoreraient la femme musulmane alors que, paradoxalement, elles la parent, la drapent… par amour, respect et décence !
Et tout au long de son remarquable livre Moussa, avec passion et conviction, nous donne la preuve que c’est au couteau qu’il a confectionné son ouvrage à la Pénélope, la fidèle et patiente femme d’Ulysse, et que sa frénésie de consultation de documents et d’accumulation de preuves montre le sérieux qui l’a toujours caractérisé et le respect qu’il a pour son lecteur. Et pour rien au monde je ne suis surpris par la richesse et la singularité de « Mohammed, le vrai visage du prophète de l’Islam ». l’auteur, en l’avertissement en exergue, nous a déjà mis en garde : « Le présent ouvrage n’est pas une biographie traditionnelle du prophète. » Et il avait parfaitement raison ! Je l’en remercie du fond du cœur…
Nouakchott, le 25 mai 2010
Par Mohamed Saïd Ould Hamody, écrivain- journaliste & ambassadeur retraité.