Cridem

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09-11-2012

13:59

Ces jeunes Français qui épousent le djihad

L'arrestation du Français Ibrahim Ouattara a relancé le débat sur l'encadrement des jeunes tentés par le djihadisme.

Un vrai malaise français en plein bourbier sahélien: né à Aubervilliers, dans la banlieue parisienne, le jeune Ibrahim Ouattara a fini par être épinglé par les forces de sécurité locales, à l’entrée du Nord-Mali sous occupation des forces islamistes. Il se rendait à Gao.Son itinéraire, bien soigné, ne laisse planer aucun doute: le jeune homme ambitionnait d’aller combattre aux côtés des terroristes.

De ses aveux qui rendent perplexe, on retiendra qu’il n’est point le seul à vouloir faire un tel déplacement. Comme Ouattara, qui sait pertinemment ce qu’il venait faire dans la contrée, d’autres enfants d’immigrants trouvent également dans le terrorisme international la solution à leur problème existentiel.

Des jeunes en déroute

Mal intégrés dans le système, les jeunes banlieusards français d’origines maghrébine et négro-africaine seraient donc progressivement devenus une proie facile, des instruments aux mains des groupes terroristes, au cœur même de l’Europe.

Enfants d’Afrique et d’ailleurs, nés en Europe, ils semblent convaincus à ce point d’être à l’étroit dans l’espace occidental qui les marginalise, qu’ils ne résistent plus aux offres alléchantes des «fous d’Allah», décidément prêts à tout.

Dans le cas présent, Paris doit se trouver vraiment mal à l’aise tant dans le fond que dans la forme. Qu’ils le veuillent ou non, s’agissant du dossier de la crise malienne, l’Elysée et Matignon se trouvent aujourd’hui empêtrés jusqu’au cou. Un de ces scénarii inattendus qui jettent le trouble et la confusion et bouleversent le calendrier de travail d’un gouvernement.

Comment, en effet, n’a-t-on pas vu venir les choses? On peut supposer que le dispositif de sécurité fonctionne au Mali, puisque l’on a eu la chance de mettre la main sur le jeune Ouattara. Toutefois, dorénavant, il faudra bien ouvrir l’œil. Redoubler de vigilance devra être considéré comme un impératif.

Car, la preuve est tout de même faite que le filet de sécurité est percé par endroits. Un peu plus de rigueur ne fera pas de mal. En particulier, les voyageurs ayant pour provenance ou destination des régions particulières devraient être bien surveillés.

Comment intercepter les terroristes?

Est-il besoin de rappeler qu’en période de crise ou de guerre, des dispositions particulières doivent être prises pour assurer la protection des personnes et des biens?

Ce jeune homme aurait pu, tout au long de son trajet, se livrer sans problème à des attentats dans la capitale malienne. En tout cas, il y a séjourné sans éveiller de soupçons. De quoi s’inquiéter. Quels liens donc entre ces marginaux qui nous tombent d’un Occident qui se cherche, et les jeunes d’ici?

Que l’on se souvienne, qu’une fois le Nord-Mali occupé, très rapidement, les organisations islamistes sont parvenues à recruter un nombre important de jeunes désœuvrés: une grande opportunité pour ces derniers qui ont longtemps attendu de se voir valorisés.

Les responsables des groupes islamistes sont bien connus pour leur grande générosité à l’égard de leurs combattants. Logique, puisqu’ils s’abstiennent eux-mêmes d’aller sur le terrain ou d’y envoyer leurs propres enfants.

Ils savent que partout aujourd’hui, ils dénicheront de nombreux jeunes, fragiles et dans le besoin. Il s’agit tout simplement de les conditionner psychologiquement, de satisfaire leur estime de soi, et leur besoin de jeunes soucieux de s’accomplir dans une société qui ne leur fait pas de place.

La communauté internationale a donc intérêt à prendre le problème à bras-le corps. En effet, en France comme dans un passé récent en Grande Bretagne, les marginaux appartenant aux classes sociales déshéritées semblent avoir trouvé d’autres types de débouchés: se mettre au service du terrorisme international.

Ces déchets des sociétés occidentales frappées par la crise financière et la récession mal gérées se conduisent comme si, dépités, ils cherchent à se venger d’un système qui les a définitivement abandonnés.

A l’inverse des jeunes Africains qui cherchent à se rendre à tout prix en Occident pour trouver pitance, voilà que d’autres jeunes, issus d’une immigration, victimes de ségrégation et d’exclusion manifeste, tentent de rejoindre nos Républiques bananières par voie de recrutement, mais à des fins désastreuses dont le djihad. Toute une aventure!

Les failles des services de renseignement

En tout cas, dans la nouvelle «affaire Ouattara», la preuve est faite que la France a toujours du mal à gérer ses jeunes désœuvrés et ses exclus. Par ailleurs, sans exagérer, il convient de déplorer des failles dans la collaboration entre services français et maliens. L’individu en cause était bien fiché. Il venait aussi de sortir de prison.

Quoique né en France, on le savait d’origine malienne. Pourquoi n’avoir pas alerté les services compétents des deux pays?

De telles failles ont déjà été fatales à des innocents, en Occident même. Aussi faut-il doter les services concernés en ressources adéquates et songer sérieusement à motiver leurs personnels afin qu’ils soient à la hauteur des défis. A l’évidence, les acteurs politiques et les opérateurs économiques de nos deux espaces ne se concertent pas suffisamment.

Certains feignent d’ignorer les problèmes qui assaillent les jeunes d’aujourd’hui. D’autres négligent de travailler à trouver ensemble des solutions concrètes à des situations de crise bien prévisibles. Pourtant, les experts ont suffisamment réfléchi.

Des pistes de solutions existent. Et on le sait: trop d’argent circule dans ce bas monde, et il y a tant de choses à faire. Le plus souvent, ne manque que la prise de décision. N’est-il pas temps de passer au concret? Jusqu’à quand regardera-t-on les égoïsmes se perpétuer, au risque de mettre la planète en danger ? On savait la France exportatrice, entre autres, de trains, de fromages et de bons vins. Il aura fallu la crise du Nord-Mali pour qu’on lui découvre une autre prouesse: l’exportation de «djihadistes»!

Le Pays


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Mali : Alger et Paris mettent en garde Ansar Dine


Ansar Dine, qui a annoncé avoir pris ses distances avec Aqmi et le Mujao, est sommé de passer aux actes. Les chefs d’état-major ouest-africains ont adopté un plan d’intervention.

Le groupe islamiste touareg Ansar Dine a-t-il pris ses distances avec ses alliés d’Aqmi (al-Qaida au Maghreb islamique) et le Mujao (Mouvement pour l’unicité et le ­djihad en Afrique de l’Ouest)?? Si l’on en croit la déclaration lue par un membre de la délégation après avoir été reçue par le président burkinabé et médiateur de la Communauté ­économique des États de l’Afrique de l’Ouest, affirmant qu’«Ansar Dine rejette toute forme d’extrémisme et de terrorisme et s’engage à lutter contre la criminalité transfrontalière organisée», le mouvement touareg aurait donc accepté de rompre avec ses alliés djihadistes. Les mêmes assurances ont été données par l’autre ­délégation d’Ansar Dine à Alger.

Selon El Watan, les ­Algériens, qui pressaient cette ­organisation à lâcher ses deux alliés djihadistes occupant le nord du Mali, n’ont pas hésité à taper du poing sur la table : «Nous leur disons de la manière la plus déterminée que la fenêtre d’opportunité pour Ansar Dine de se démarquer des terroristes et des narcotrafiquants est en train de se refermer. C’est aux chefs de ce mouvement de décider rapidement s’ils veulent être une partie du problème ou devenir une partie de la solution. »

Auquel cas, ils ont prévenu le mouvement touareg que «?l’Algérie tirera les conclusions qui s’imposent». Pour la France, les déclarations d’Ansar Dine doivent «avoir une traduction concrète sur le terrain (…). La rupture avec les organisations terroristes et l’arrêt des violations des droits de l’homme dans les zones contrôlées par Ansar Dine doivent être ­effectifs», a déclaré le porte-parole adjoint du Quai d’Orsay, Vincent Floréani.

Cette double mise en garde algéro-française intervient après l’adoption par les chefs d’état-major ouest-africains d’un plan d’intervention dans le nord du Mali pour déloger les groupes djihadistes qui l’occupent. «C’est un plan ambitieux, il faut prévoir un peu plus de 4?000 hommes (…), maintenant nous attendons les directives de nos chefs d’État», a déclaré un militaire burkinabé.

Hassane Zerrouky

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Mali : Le porte-parole d'Ansar Dine opposé à combattre d'autres musulmans

Le porte-parole d'Ansar Dine, un des trois groupes armés qui occupent le nord du Mali, a jugé contraire à l'éthique de son mouvement le combat contre d'autres musulmans comme les membres d'Aqmi, dans un entretien au supplément week-end d'un quotidien algérien paru vendredi.

"Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique) est composé de musulmans, comme nous. Nous demander de combattre d'autres musulmans, cela n'est pas dans notre éthique", a déclaré Mohamed Ag Aharib à Al-Watan week-end.

Les préparatifs en vue d'une intervention militaire dans le nord du Mali s'accélèrent, les chefs d'Etat ouest-africains devant se réunir dimanche à Abuja pour en approuver les modalités, qui seront transmises la semaine prochaine à l'ONU pour un feu vert définitif.

M. Aharib, dont le mouvement est essentiellement composé de Touareg, voit en cette éventuelle intervention un plan "d'une coalition internationale contre les populations arabes et touareg du Nord Mali".

Il estime "que l'on ne peut s'en prendre à Aqmi ou au Mujao (les deux autres mouvements qui occupent le nord du Mali) sans toucher aux populations: comment feront-ils pour distinguer un terroriste d'un simple citoyen?".

Il affirme qu'agir de la sorte reviendrait "à exterminer un peuple".

De récentes négociations à Ouagadougou et Alger, qui défend une solution politique à la crise, ont débouché mardi sur des déclarations d'Ansar Dine en faveur d'un dialogue national et contre le terrorisme, une position qui affiche une prise de distance par rapport à Aqmi et au Mujao.

Paris et les Occidentaux doutent cependant de la bonne foi du groupe.

"Cette nouvelle déclaration, nous l'avons faite à la demande des médiateurs algériens et burkinabés (...) nous voulons convaincre l'opinion internationale que nous sommes fréquentables", a souligné Mohamed Ag Aharib.

Le porte-parole d'Ansar Dine qui se présente comme une organisation islamique ayant des revendications datant de plusieurs décennies, a estimé en outre que l'Etat malien aurait pu combattre Aqmi du temps où il était puissant puis qu'"ils (Aqmi) occupent le nord du pays (...) depuis plus de 10 ans".


 


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