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24-10-2012

19:55

Une montée de l'islamophobie suscite des appels à la tolérance

Un éditorial récent paru en Mauritanie et critiquant l'Occident a ouvert un nouveau débat sur la tolérance et le respect mutuel de la religion.

Alors que le sentiment d'une hausse de l'islamophobie conduit les Musulmans à défendre leur foi, souvent en ayant recours à la violence, plusieurs responsables politiques et écrivains africains affirment que l'Orient et l'Occident doivent oeuvrer davantage à la promotion de la coexistence pacifique.

C'est le Président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz qui a ouvert le débat le 6 octobre, en condamnant fortement ce qu'il a décrit comme un sentiment anti-islam croissant en Europe. Dans un discours prononcé lors du sommet du "Dialogue 5+5" qui réunissait des leaders africains et européens à Malte, il a appelé à un plus grand respect des religions, mettant en garde contre les périls découlant des haines contre les Musulmans et des insultes contre les croyances et le sacré.

Cette allocution du chef de l'Etat mauritanien est venue faire écho aux débats animés que connaissent actuellement les blogs et les réseaux sociaux. Ces discussions sont apparues sur l'Internet après que le Maghreb eut été frappé par des manifestations dénonçant des caricatures et un film dénigrant l'Islam.

Moulay Ould Bahida, journaliste à mauritanid.net, a ainsi expliqué : "Je ne pense pas que le discours tenu par le Président vienne de nulle part. Il y a de violentes tensions internes, ainsi que des tensions externes, représentées par des agressions morales et physiques à l'encontre de certaines intérêts occidentaux".

Le Président, "au travers de cette allocution, a choisi de travailler dur pour parvenir à absorber la colère de la population mauritanienne, disant que l'islamophobie est responsable de ce qui est arrivé", a-t-il expliqué à Magharebia.

Pour sa part, le philosophe mauritanien Al Sayed Ould Abbah défend l'idée d'une expression pacifique, notant que les manifestants musulmans qui ont protesté contre ce film dénigrant l'Islam ne présentaient guère de différences avec les Chrétiens qui s'étaient soulevés, dans l'Occident laïc, contre le long-métrage controversé "La dernière tentation du Christ".

"La liberté d'expression est universellement sacrée, elle est un droit de l'Homme incontestable, et elle est la base de la liberté intellectuelle et culturelle", reconnaît le journaliste Mohamed Ould Sid al-Moukhtar. Mais il faut toutefois respecter les croyances des autres et ce qui leur est sacré, ajoute-t-il.

"Les particularités religieuses et idéologiques doivent être défendues d'une manière civilisée et positive, plutôt que de donner une image d'ensemble des croyances qui soit faussée par des actes de violence", a-t-il commenté.

Pour l'écrivain et intellectuel mauritanien Mohamed Lamine Ould al-Ketab, "les sociétés occidentales et islamiques n'ont rien à gagner à des conflits et à des désaccords entre elles".n "Leur intérêt commun se situe plutôt dans la compréhension, l'harmonie, le respect mutuel, l'intensification des échanges économiques, scientifiques et intellectuels", a-t-il expliqué.

C'est seulement en "construisant des passerelles", dit-il, que "les peuples occidentaux et islamiques pourront communiquer et apprendre à se connaître, pour ensuite bénéficier les uns des autres dans tous les domaines".

Par Raby Ould Idoumou à Nouakchott pour Magharebia


 


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