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Clin d'oeil de Cheikhou : Ramadan.
Ramadan, c’est le plus beau mois de l’année, parce que c’est le mois où, enfin ?, l’on tend vers quelque chose, où l’on essaye de s’élever, où l’on s’efforce d’effacer en nous ce qui ne peut correspondre à l’appel du divin. Ramadan, on s’y veut propre, dédaigneux des salissures de l’âme et des fades nourritures terrestres.
En Ramadan c’est vrai beaucoup ne voient que le jeûne, ne plus boire, ne plus manger de l’aube jusqu’au coucher du soleil, ils n’entrevoient pas la spiritualité offerte, l’amour d’autrui, le refus des commodités de chaque jour et qui là devient victoire sur soi -même et non pas dédain de la vie.
Ramadan est pour bien des gens, un exercice physique, un sport, une manière de se prouver, de se montrer bon musulman surtout, c’est pourquoi ils peuvent bien mentir, tromper, et en même temps se vouloir vertueux, parce que, croient t ils, le jeûne efface tout.
Ramadan est en fait occasion pour beaucoup non pas de se remettre en cause, se poser des questions, mais de se faire valoir ; on se montre bon jeûneur comme on se montre bon musulman le Vendredi à la mosquée, devant tout le monde, cela fait partie de l’image que l’on veut se donner, de l’idée que l’on jette en pâture à l’opinion.
Et Ramadan tend à être récupéré par les apparatchiks de la société traditionnelle. Ils y essaient de montrer bon cœur, ils se fendent des sermons les plus obtus pour recevoir le respect et l’argent des bonnes âmes.
L’Islam ici il est vrai est, traditionnellement, souvent affaire de caste. On est souvent imam de père et fils, on est ulema de père et fils on est « Saleh » de père en fils, on a la religion dans le sang et on en fait parfois un boulot. On est donc anobli par un système social, on est adoubé par une caste et l’on essaie souvent d’apparaitre comme le défenseur des privilèges ancestraux, on en ingurgite les supposés idéologico- religieux et on les fait avaler au petit peuple, c’est ça la survie des élites : faire accepter par le peuple l’idéologie de ceux qui dominent.
Et les moins avertis parmi ces « clercs » tombent souvent dans les escarcelles du présent et s’empêtrent dans des situations qu’ils ne savent démêler. Il y a seulement quelques semaines un « faqih » s’est fendu sur les ondes d’une radio officielle d’un beau cours sur la meilleure manière d’acheter et de vendre un esclave, , comme si le sujet était de saison, comme si l’esclavage était un rite de maintenant .
Il perdit son poste…parce que cet homme qui professait de telles idées était un haut fonctionnaire de l’Etat. Plus étonnant j’ai vu un jeune homme très intelligent, un uléma de la dernière génération, apparemment très cultivé en matière de Fiqh refuser de répondre sur une chaine de télé officielle à une question sur l’interdiction de l’esclavage, il refusait donc clairement de déclarer l’esclavage incompatible avec la foi. Comme ces chrétiens du moyen-âge qui se demandaient si les indiens d’Amérique ou les nègres d’Afrique avaient une âme.
C’est pendant le Ramadan qu’apparaissent avec le plus de force ces Faqih d’outre-tombe, ces héritiers des oppressions, et ce sont ceux là qui élèvent des barrières entre l’Islam et les exigences d’aujourd’hui, parce qu’ils sont des hommes d’hier et parce qu’ils veulent détruire les acquis d’aujourd’hui, la fraternisation d’aujourd’hui et l’Islam d’aujourd’hui qui ne saurait être que solidarité et tolérance. Ils sont les pires les ennemis de l’Islam et du Ramadan.
Ramadan donc ne saurait être un mois où l’on cultive l’ignorance, le rejet ou l’ostracisme, il ne saurait être un mois de violence, ni de haine il ne saurait être autre chose que pardon et amour des autres, de tous les autres. Ramadan moubarak pour tous.
M'Bareck Beyrouk