Cridem

Lancer l'impression
26-06-2012

18:37

Interview avec Simon, rappeur Sénégalais.

En séjour en Mauritanie dans le cadre de la cinquième édition du festival Assalamalekoum, Simon, membre du groupe "Y en a marre " qui avait mis les bâtons dans les roues du régime Abdoulaye Wade, a offert au public mauritanien un show d’enfer. Il revient sur le festival et son mouvement citoyen à travers cet entretien qu’il a bien voulu accorder à L’Authentique.

L’Authentique : vos impressions sur le Festival Assalamalekoum et sur vos relations avec le fondateur du festival, Monza ?


Simon : franchement c’est un festival balaise. Même à Dakar c’est très rare de voir un festival de cette envergure. On ne peut le comparer qu’avec le festival FESTA2H. Ça donne envi de faire la même chose là-bas. Nous avons un petit festival Hip-hop Discover pour les jeunes talents mais franchement on tend vers un festival de la dimension d’Assalamalekoum.

Comme je l’avais dis pendant ma prestation sur scène, je remercie Monza de m’avoir fait participer à ce festival. J’ai l’impression de n’avoir pas quitté le Sénégal. Le public était là, chantait mes chansons, bougeait et sautait. Quand je marche dans la rue c’est pareil. Je prie pour que ce festival aille de l’avant.

Pour être franc, je ne connaissais pas Monza,. Mais quand nous avons discuté, cela m’a permis de découvrir l’homme que j’avais en face. Un homme réfléchi et je pense que le hip-hop africain a besoin de types comme lui. Il inspire.

L’Authentique : après le départ du président Abdoulaye Wade, peut on dire que le mouvement "Y en a marre" n’a plus sa raison d’être ?

Simon : " Y en a marre " continue. Nous allons continuer à être les sentinelles de la démocratie. Nous allons continuer à renforcer cette démocratie, à se battre pour la citoyenneté, à se battre pour le civisme, le comportement des sénégalais. Nous avons dit toujours qu’Abdoulaye Wade n’était pas notre problème. Notre problème c’est le Sénégalais c’est pourquoi nous avons des slogans comme " Nouveau Type de Sénégalais "(NTS). Ce slogan veut dire changer les comportements, changer les mentalités. Et à partir de NTS on aimerait offrir un " Nouveau Type d’Africain " et l’élargir. Abdoulaye Wade c’était juste une étape parce qu’on était dans les élections. Avec "Y en a marre " on se bat contre nous même, contre le Sénégalais et leurs comportements.

On vient de finir un chantier baptisé chantier MPS sur la paix et la solidarité, sur la santé communautaire, sur le renforcement des acquis démocratiques, sur la Citoyenneté, sur les cultures urbaines. Il s’agit de chantiers qu’on aimerait développer et faire aller de l’avant. C’est par rapport à cela que "Y en a marre " se bat. C’est vrai que Macky Sall est président mais nous sommes là, nous attendons et nous observons. S’il dévie, il nous trouvera sur son chemin comme nous le lui avions dit.

L’Authentique : d’après la presse sénégalaise, vous avez donné un délai butoir de deux ans et demi pour le Nouveau président Macky Sall ?

Simon : non, nous ne lui avons pas donné de date précise. Il vient d’arriver, nous le laissons travailler. L’ancien régime a fait beaucoup de mal ; il faut du temps pour cela..

L’Authentique : le coordinateur de votre mouvement avait dit récemment que " Y en a marre " ne sera pas l’asile des militants du parti de l’ancien régime, le PDS. Pourquoi cette attitude ?


Simon : c’est vrai que nous n’allons pas nous allier avec n’importe qui. Il faut savoir que dans le PDS il n’y a pas que de gens mauvais. Il y a des gens bien. Je ne le souhaite pas, mais si le Sénégal brûle, nous n’allons pas dire aux militants du PDS n’éteignez pas le feu avec nous parce que vous avez fait ceci ou cela. Par contre, c’est tous les Sénégalais qui vont venir pour éteindre le feu. Actuellement ils s sont dans l’opposition, demain s’il y a un combat noble, ils seront à nos côtés. Nous allons mener le même combat s’il est noble, citoyen. La politique ne nous intéresse pas. D’ailleurs, c’est pourquoi nous ne sommes pas allé aux législatives. Nous allons continuer à avoir notre étiquette "Y en a marre " mais nous ne serons pas l’abri des anciens pillards de la République.

L’Authentique : comment avez-vous fait pour concilier le combat de la citoyenneté et la production artistique ?

Simon : ça va de pair. Nous étions engagés dans les textes, il faut à présent que nous nous engagions plus dans les mouvements sociaux en descendant dans la rue pour sensibiliser, parler, aller à la rencontre des gens, aller dans les quartiers, mouiller vraiment la chemise, faire des manifestations et ne plus nous limiter aux chansons.

L’Authentique : durant la période où vous contestiez l’ancien régime, vous avez été arrêté et battu à mort ; après la chute du régime, que ressentez-vous aujourd’hui ?

Simon : un sentiment de satisfaction, mais comme on dit c’est juste une bataille de gagner en attendant de remporter la guerre. Et la guerre c’est justement celle contre les comportements, contre la corruption, contre l’impunité. Nous disons Al Hamdoulilahi que ce système " wadien est dégagé ".

L’Authentique : après l’exemple de " Y en a marre" au Sénégal, conseillerez-vous aux rappeurs mauritaniens d’instaurer un " Nouveau Type Mauritanien "(NTM) en Mauritanie ?

Simon :
il faut se battre pour les valeurs qui en valent la peine, mais ne pas rester là, à faire des morceaux pour des morceaux, se clasher ou se tirer dessus. Non. Il faut se battre pour l’Afrique, pour les frères mauritaniens, pour l’Afrique. Il faut surtout éviter de dire la Mauritanie et le Sénégal. Parce que c’est le même peuple.

Cheikh Oumar N’Diaye

 


Toute reprise d'article ou extrait d'article devra inclure une référence www.cridem.org