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Ce soir, Finale d’Assalamalekoum Découvertes 2012 au Parc OMVS de Nouakchott.
A quelques heures de la finale de la saison 2 d’Assalamalekoum Découvertes 2012, nous vous proposons, après l’avoir fait avec Six Men, un portrait des trois autres finalistes de cette compétition musicale parrainée par la Communauté Urbaine de Nouakchott (CUN). Il s’agit de celui de Black Fouta (2e qualifié), de Toniafiya (1e qualifié) et de NNL (4e qualifié).
Black Fouta
A Kaédi, d’où les membres du groupe, Vieux Diallo et Abderrahmane Dioum, sont originaires, ils ont fini par s’imposer sur les scènes de rap. Créé en 1997, Black Fouta veut aujourd’hui faire entendre sa voix sur toutes les scènes de rap, notamment à Nouakchott où ils veulent essaimer leur rap. Vieux Diallo, à 33 ans, est le leader de Black Fouta.
Le groupe a connu des moments très difficiles avec la disparition d’un de ses membres et plusieurs défections. Mais, Vieux Diallo, comme un vieux commandant, est toujours resté à bord de l’embarcation Black Fouta. Aujourd’hui, on retrouve à ses côtés, Abderrahmane Dioum qui a intégré Black Fouta, à partir de 2005. Depuis, Vieux Diallo et Abderrahmane Dioum, qui accompagnait souvent le groupe dans ses périples, dans le Fouta, forment un collectif inséparable.
Depuis 2011, ils ont décidé d’élargir leurs horizons jusqu’à Nouakchott en prenant leurs quartiers à Arafat. em>"Beaucoup de choses se passent ici, à Nouakchott. Pour être connu, il faut passer par Nouakchott. C’est à partir d’ici qu’on peut avoir tout ce que l’on veut", explique Abderrahmane Dioum.
Leur choix de s’appeler Black Fouta en dit long sur leur crédo qui est celui de porter les aspirations d’une culture, d’une aire géographique, d’un héritage historique et civilisationnel. Unis par le rap et les liens du sang, les membres de Black Fouta surfent sur des thématiques tissées à la laine de l’underground et du hardcore.
Dans leurs chansons, coule une source celle du rassemblement, de l’unité, de la fraternité. Une manière pour le duo de Black Fouta de s’inscrire dans le rapprochement des différentes communautés du pays, la mise en exergue de leurs traits d’union et du respect réciproque de leurs différences culturelles. Aussi, leurs textes recollent les multiples morceaux de l’histoire de la Mauritanie des années 80-90 marquée par des drames, des chocs, des fissures qu’ils tentent de dépassionner à coups de messages de décrispation.
Joignant la parole à l’acte, ils se sont déjà mis à montrer la voie à suivre. Leur textes, qui tournent souvent autour de l’unité, sont une invite solennelle aux mauritaniens à tourner la page, à se serrer les mains, pour aller de l’avant. "C’est à nous, les jeunes, de ne pas tomber sur les chemins de travers", raisonne Abderrahmane Dioum, 24 ans.
Alors, pour diversifier leurs messages, ils chantent dans toutes les langues du pays. Sur toutes les scènes où ils se produisent, munis de leur unique voix, ils crient pour montrer qu’ils n’apprécient guère les promoteurs culturels, qu’ils sont allergiques aux discours pompeux. Ils n’ont pas encore fait du chemin. Mais, d’ores et déjà, ils captivent.
Depuis leur qualification pour la finale d’Assalamalekoum Découvertes, les choses semblent avoir changé pour eux. "Les gens nous appellent sans cesse de partout. Ils nous font part de leur émotion, de leur enthousiasme et de leurs encouragements tout en nous souhaitant de remporter le trophée", exulte Vieux Diallo, 33 ans.
Etre la fierté de toute une ville donne déjà des ailes à Black Fouta qui promet de remporter haut la main le trophée d’Assalamalekoum Découvertes 2012.
Toniafiya
Comme Black Fouta, Toniafiya, le premier qualifié de la finale d’Assalamalekoum Découvertes 2012, est aussi une fierté pour la ville de Kaédi. Son fondateur, Kalidou Sy, épaulé par son frère, Bocar Sy, est un pur produit de la rue.
Fidèle abonné de l’école buissonnière, Kalidou Sy a passé son enfance à Kaédi, dans le sud du pays. Cette séquence de sa vie est rythmée par des baignades au fleuve, des escapades par-ci et par-là dans la brousse. A l’école de la rue, il va goûter à l’argent facile, découvre le vagabondage. La fin de la récréation sera très vite sonnée par ses parents qui décident manu militari de l’envoyer à Nouakchott.
Là, aussi, il va continuer le même train de vie. Pire, il va tomber plus bas dans le trou de l’incrédulité, de la déperdition, de la délinquance juvénile. Il sera sauvé par son passage au Centre de Formation et d’Insertion Professionnelle de Caritas Mauritanie qui se situe à Dar-Naïm.
Le jeune adolescent y sortira avec la qualification de soudeur, métier qu’il a aujourd’hui arrêté d’exercer pour avoir goûté aux délices que procurent la découverte et la rencontre avec la scène. Et, pourtant, au début, en 2005, c’était juste pour "délirer", explique, l’air calme, Kalidou Sy. A cette époque, il était un fidèle connecteur du rap de Tupac Amaru Shakur dit 2Pac et de Christopher Brian Bridges alias Ludacris. "C’est à travers leurs rimes que j’ai commencé à écrire mes textes", se souvient encore Kalidou Sy.
A partir de 2007, lors d’un voyage, à Zouérate, dans le nord du pays, le rap se révèle inévitablement en lui. Il va interpréter un titre, Kétodé, qui marquera à jamais ses véritables débuts sur la scène. La réaction du public est immédiate et sans appel. Le message qui y est lancé est accrocheur. Ce morceau qui parlait des enfants de la rue, de la sexualité, de la dépravation des mœurs, du viol, de la prison fera mouche à Zouérate.
Ce voyage lui donnera des suites dans les idées. De retour à Nouakchott, il s’intronise Caporal et soigne davantage son image. Depuis, Kalidou Sy a dans la foulée fait du chemin en irriguant sa passion de rencontres, d’envie d’aller de l’avant. Et, ce n’est pas un hasard si Toniafiya s’est retrouvé dans le carré d’as de la finale d’Assalamalekoum Découvertes 2012. D’ailleurs, pour cette finale, Toniafiya a décidé de placer très la barre en interprétant des titres ressortis dans leur répertoire et composés entre 2009 et 2012. Du rap, du r’n’b et du raggaeton seront servis à gogo au public et notamment au jury.
Lors de cette finale, Toniafiya fera entendre une nouvelle fois ses chansons semées de messages forts dénonçant tantôt l’injustice et la corruption, tantôt appelant à la fraternité, à la paix et à l’unité. Mais, d’ici là, le groupe aimerait que les pouvoirs publics se soucient du sort des enfants qui se rendent, tous les jours, à leurs écoles situées à des kilomètres de leurs maisons.
NNL
NNL revient, cette année, plus torride et déterminé que l’année dernière où le groupe a été sorti en demi-finales par Ziza vainqueur d’Assalamalekoum Découvertes 2011. Abdoulaye Alassane Thiam dit A.T et Arouna Amadou Niass alias Nigga Laye appartiennent à cette frange de rappeurs qui ne désarment jamais. "L’immaturité, le manque d’expérience et le stress nous avaient beaucoup pénalisés", se souvient le premier.
Depuis leurs débuts en 2010, NNL a fait de la "conscientisation des inconscients et des ignorants" sa marque de fabrique. D’où l’appellation de "Naamndotobé Nafooré Laamou" (NNL). A l’épaulette de ce groupe, on peut y lire des messages forts qui revendiquent le droit à l’éducation, d’autres qui s’attaquent aux phénomènes de la drogue et de l’alcool. Chez NNL, on travaille beaucoup sur la teneur des propos pour coller de plus près à l’essence, au concept de leur existence.
Le groupe aborde des questions sensibles qui interpellent la conscience populaire. Ils se servent du micro pour dénoncer l’injustice, la discrimination et plaider la cause de ceux qui n’ont pas de voix ou sont purement et simplement piétinés par les puissants. Leurs textes sont traversés par un esprit rebelle et révolutionnaire influencé par des héros de la résistance comme Martin Luther King, Malcom X, Bob Marley. Mais aussi par de grands noms du rap tels que Wu Tang Clan, 2Pac et IAM.
Pour sortir la tête de l’eau et se distinguer des autres groupes de rap comme Soko Clan qui dominent la scène à Téyarett, NNL a dû fait montre de créativité et d’imagination. Le collectif a sorti en 2010 "Life Gangster", un morceau qui fait référence à l’alcool, à la drogue dans le milieu de la jeunesse. Désormais, il faudra compter avec NNL puisque là, où le collectif se produit, le public s’enflamme.
Le succès sera très vite couronné par leur participation à la finale d’Assalamalekoum Découvertes 2012. Cette expérience a davantage aéré leur sens de la musique, développé leur esprit d’ouverture. Résultat, dans l’avenir, NNL va introduire dans sa musique des sonorités traditionnelles tirées du hoddu, du djembé. Le groupe semble avoir déjà pris le cap, se refuse toute identification musicale. L’ouverture est le filet de la musique de NNL qui veut se répandre aussi en dehors de la Mauritanie.
Produit de la rencontre de différentes cultures, NNL ne manque pas d’audace. "La musique n’a pas de frontières. Pourquoi donc créer des barrières ? Bob Marley a réussi à imposer sa musique qui s’écoute aujourd’hui un peu partout dans le monde. Le rap américain s’est aussi hissé. Nous, aussi, on aimerait émerger, que notre musique voyage partout", explique Dousey, membre de NNL.
Aujourd’hui, NNL veut renforcer son statut de sprinter de l’engagement aux côtés des pauvres en s’investissant, à travers des tournées de sensibilisation, dans l’éducation, l’unité nationale pour être au-dessus des divisions communautaires qui intoxiquent la Mauritanie. Depuis 2010, leurs positions sur leur démarche artistique ont beaucoup changé. De plus en plus, ils rêvent de grandeur, de conquête, de traverser d’autres horizons. Peut-être que la finale d’Assalamalekoum Découvertes 2012 leur ouvrira les portes de cette aventure tant rêvée et caressée.
Babacar Baye Ndiaye