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Interview avec le rappeur Monza :
"Il y a ceux qui aiment ce pays, qui ne ménagent rien pour le construire et ceux qui ne l’aiment pas et qui sont surtout portés vers ses richesses et ses ressources".
Monza de son vrai nom Limame Kane, un des pionniers du hip-hop mauritanien ne cesse pas de se battre pour booster le rap. Marginalisé par le ministère de la Culture comme beaucoup d’autres musiciens, l’artiste a surtout réussi à se faire connaître à travers le festival annuel Assalamalekoum. En marge du Concert-forum organisé la semaine dernière à l’Institut Français de Mauritanie, le rappeur Monza s’est confié à L’Authentique, s’aventurant sur le terrain de la politique.
L’Authentique : on vous entend souvent dire que le pays est victime d’un kidnapping…
Monza : je ne cesse pas de relever que dans ce pays il y a ceux qui l’aiment, qui ne ménagent rien pour le construire et ceux qui le l’aiment pas et qui sont surtout portés vers les richesses et les ressources de ce pays.
Ce sont ces derniers qui ont kidnappé le pays. Qu’à cela ne tienne, ils pourront se servir comme ils le voudront mais une chose est sûre, ils ne pourront jamais nous ôter notre nationalité. Nous sommes attachés à ce pays qui est notre patrie, et nous nous trouvons au cœur de ceux qui veulent le construire.
L’authentique : quelles perceptions avez-vous de la Mauritanie et de ses hommes politiques ?
Monza : les hommes politiques ne sont pas sincères. Ce sont des opportunistes et souvent leur message est faux. La Mauritanie quant à elle est un havre de paix même sir l’image extérieure qui est véhiculée d’elle la présente comme une niche de l’Aqmi. Regardez ce qui se passe ces derniers temps au Mali ; portez votre attention sur l’atmosphère délétère du Sénégal ces derniers temps. Tout cela comparé à notre situation nous amène à dire que nous sommes quand même bien dans notre pays. Malheureusement, nous continuons à pâtir de malheureux événements qui se sont produits ces dernières années menés par des groupes terroristes. Tout compte fait, l’image que l’extérieur véhicule de la Mauritanie est fausse.
L’Authentique : niez-vous alors l’existence du terrorisme dans le pays?
Monza: je ne vais pas jusque-là, mais je constate toutefois que la publicité qui est faite autour du terrorisme dans le pays, est exagérée. Les extrémistes se rencontrent dans tous les pays du monde et la Mauritanie n’en est pas exclue. Pour autant, il on ne doit pas parler d’islamisme dans notre pays. Il y a des musulmans tolérants qui acceptent l’autre et qui rejette les extrémismes d’où qu’ils viennent et de quelque nature qu’ils soient.
L’Authentique : dans l’une de vos chansons, vous avez adressé au Président de la République une lettre dans laquelle vous lui dites que " le pays va mal ". Pouvez-vous revenir un peu plus sur là-dessus ?
Monza: en fait je m’installe à la place du citoyen mauritanien lambda qui vit les réalités quotidiennes du pays et qui veut lui rendre compte de la réalité de tous les jours. Le laxisme de l’administration publique, le peu de soins que celle-ci apporte dans l’encadrement du citoyen, la déconfiture de l’Etat… Voilà entre autres, des faits visibles à l’œil nu qui n’ont certainement pas reportées au président de la République. Et moi, je me pace en messager, en relais de l’information pour lui porter le message réel du peuple.
L’Authentique : dans vos dernières apparitions publiques, vous avez demandé la libération des étudiants ?
Monza : Je soutiens les étudiants dans leurs revendications de leurs droits, par contre je ne soutiens pas les actions de violences ou de vandalismes. Je continue de croire que les étudiants qui ont été arrêtés ne sont pas responsables des actes de vandalisme qui sont portés contre eux. Je pourrais même affirmer que ceux qui ont brûlé les bus, ou qui ont piétiné le drapeau national en public, ne font pas partie de ceux-là qui ont arrêtés. Je ne connais pas ces gens qui ont agi de la sorte, mais je trouve que c’est un délit qui dit être puni.
L’Authentique :pourquoi vous habillez-vous de manière particulière?
Monza: l’accoutrement en fait c’est un " thiaya mauritanien " que j’ai modifié pour attirer l’attention des gens sur ceux-là qui sont victimes de mines anti personnelles pendant les guerres. Le pan raccourci de mon pantalon bouffant symbolise ainsi tous les gens qu’on été amputés.
La chemise avec le bras court fait référence à ces individus qui ont perdu un de leurs membres pendant des accidents de travail et qui sont souvent marginalisés de la société. Pour le " hawli " je trouve que c’est une chose qui me va bien et que je porte là où je vais dans le monde. Je n’ai pas honte de le porter. Au contraire. Je suis mauritanien et je garde cet accoutrement dans n’importe quel lieu.
Propos recueillis par Cheikh Oumar N’Diaye