Cridem

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11-01-2012

20:40

Paysage musical : Quand la musique brise les castes.

"Il faut quand même que les gens sachent qu’en Mauritanie on ne peut plus prendre la musique pour en faire une propriété des griots ". Réservée dans le temps uniquement aux personnes issues d’une famille de griot, la musique est devenue aujourd’hui un langage universel que peut utiliser n’importe quelle famille.

Elle est aujourd’hui une profession voire une arme pour sensibiliser ou dénoncer une injustice. Très prisée par les jeunes actuellement, la pratique musicale n’est plus celle des griots. Elle n’est plus le critère basé sur le griotisme. Elle est devenue une profession à portée de n’importe quel individu, quelque soit sa place ou son rang social.

Lors des concerts, les concours musicaux, les rencontres dans les boites de nuits, les soirées culturelles et même parfois les baptêmes et les mariages, les griots sont de plus en plus victimes d’un " coup de musique " pour ne pas dire " coup d’Etat " par des musiciens qui n’ont aucune ascendance de familles des griots.

Aussi, dans la pratique musicale, il n’y a plus de famille soi-disant " Cheikh ", " Khaïma Ekbira "( grande famille maure), " Torodo" (poular), " nguéwé "(wolof), au contraire tout le monde est confondu dans la mêlée non en " Igawene " mais en simple artiste musicien faisant son métier, la musique.

Les griots ou griottes sont les " hommes et femmes, mémoires de la tradition ". Musiciens, conteurs, historiens… ils sont l’image même de ces grandes filiations qui ont porté les savoirs ancestraux jusqu’à l’époque actuelle. Les familles griotiques sont spécialisées soit en histoire du pays et en généalogie, soit en art oratoire, soit en pratique musicale.

La musique qui est un des éléments majeurs de leur identité semble remettre en cause ce critère. Ce phénomène est plutôt constaté dans la musique hip hop pratiquée par les jeunes issus des milieux différents et provenant de la plupart des quartiers périphériques des grandes villes où la misère est quotidienne.

Pour l’animateur DJ Khalzo, " les Jeunes Mauritaniens ont su briser le Silence coupable sur la féodalité et aujourd’hui on assiste à une prise de conscience incroyable sur le phénomène des castes ". Et de poursuive : grâce a cette musique Urbaine tous les tabous de Castes sont brisés autour de cette question. Aujourd’hui le plus important à travers la musique urbaine reste le talent et non la caste " précise l’animateur mauritanien.

" Pendant les années 75, tout le monde ne s’adonnait pas à la musique. Les adultes la rejetaient. A l’époque, marier une fille à un musicien, était une insulte. Aujourd’hui tout cela a changé. La musique fait vivre son homme dans la dignité. "A présent, on tient la corde. Et on espère aller beaucoup plus loin " témoigne un homme de la culture qui a préféré garder l’anonymat.

Il n’y a plus, selon l’intervenant, des chansons laudatives, synonymes de griotisme. Il faut toutefois quand même que les gens sachent qu’en Mauritanie on ne veut plus prendre la musique pour en faire une propriété des griots.

Cheikh Oumar N’Diaye.

 


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