08-10-2012 13:17 - Islamisme politique en Mauritanie et mouvement djihadiste
Des sources de presse évoquent la publication d’une récente étude publiée hier, mercredi 3 octobre, sur les relations ambigües entre l’Islam politique en Mauritanie et certains mouvements djiahdistes comme Al Qaïda au Maghreb islamique.
L’étude, attribuée sans précision à des sources occidentales, parle d’un sentimentalisme diffus entre les islamistes mauritaniens et ces groupes. En ligne de mire, le parti Tawassoul et le parti El Vadila, non expressément nommés, mais qui sont les deux seules formations d’obédience islamiste jusque-là reconnues.
Mais jusqu’à quel degré peut-on accorder du crédit à de telles études dont les auteurs semblent ignorer la réalité politique et sociale d’un pays comme la Mauritanie ? Le rapprochement semble saugrenu pour les fins connaisseurs de la société mauritanienne et de ses réalités politiques.
En effet, l’étude attribuée à un groupe de chercheurs occidentaux sur des relations jugées ambigües entre les islamistes mauritaniens et le mouvement Al Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi), semble déphasée pour les spécialistes.
Elle semble manquer de profondeur historique et d’emprise sur le réel par rapport à un islamisme politique mauritanien, largement inspiré d’une longue tradition de modération et de tolérance. Le rapport dont il est question souligne que le plus grand défi auquel est confronté la Mauritanie dans sa lutte contre l’influence grandissante d’Aqmi est ce flou dans les rapports entre les islamistes mauritaniens et l’organisation.
Le document d’évoquer l’existence d’une certaine sympathie non déclarée que les islamistes mauritaniens d’une manière générale éprouveraient envers les mouvements djihadistes. Les preuves d’une telle profession de foi sont tout simplement dérisoires, et résideraient dans l’absence de communiqués émanant des partis islamistes pour dénoncer les attaques terroristes, même celles menées contre leur propre armée. Des approximations qui ne résistent pas à la moindre analyse ni aux floraisons de communiqués de presse diffusés par l’ensemble de la classe politique, y compris les islamistes, contre tous les abus dont Aqmi a été l’auteur.
Comble de désinformation, le rapport d’indiquer que les islamistes mauritaniens choisissent toujours d’entretenir le flou pour déterminer leur démarcation par rapport aux mouvements de l’Islam radical, se contentant de rejeter la responsabilité de toutes les formes de déstabilisation menées par ces groupes sur le dos du pouvoir en place.
Certes, ces accointances présumés des courants islamistes avec les groupes djihadistes, pourraient s’être nourris d’appréhensions maintes fois formulées, notamment lorsque la découverte fut faite qu’un des leaders d’Ançar Dine, Ould Bouamama, figurait en troisième position sur la liste municipales de Tawassoul à Bassiknou lors des élections de 2006. Mais est-ce suffisant pour accuser Tawassoul d’entregent avec les organisations terroristes ? A la limite, il serait même permis de douter de l’authenticité de ce document sous forme de tract et largement étayé dans la presse locale.
Ses sources restent méconnues et les objectifs inavoués qu’elles véhiculent semblent être sous-tendus par des desseins qui n’ont rien à voir avec l’objectivité et la neutralité scientifique d’une étude sérieuse. Ce document aura cependant comme mérite, de permettre aux spécialistes de mieux déblayer le terrain et lever toute équivoque sur cette ambigüité entretenue entre l’Islamisme politique d’une manière générale, et l’islamisme politique en Mauritanie, et le radicalisme religieux de certaines organisations comme Aqmi.
L’islamisme politique en Mauritanie : entre centristes, wahabistes et salafistes L’islamisme politique en Mauritanie s’est beaucoup enrichi ces dernières années de moult courants internes qui se battent pour le leadership. Pour l’instant, le parti Tawassoul, qui se veut une formation centriste semble sortir du lot. Elle est structurellement la mieux implantée dans le pays et la seule représentée au niveau électif et politique.
Cette formation dirigée par Mohamed Jemil Mansour et chapeauté par l’érudit Mohamed El Hacen Ould Deddew est surtout financièrement et populairement assise. Selon Ould Mansour, le parti Tawassoul n’est nullement le prolongement des frères musulmans d’Egypte comme beaucoup l’avait accusé et se dit d’autre part différent des courants salafistes modèle saoudien. Il se veut un parti politique dont la référence reste l’AKP turc (parti de la justice et du développement) et le PJD marocain, une formation ouverte au modernisme mais d’obédience islamiste.
Par rapport aux mouvements radicaux, Tawassoul par la voix de son président a toujours déclaré son opposition au terrorisme et prôné une stratégie nationale, totalement démarquée de l’Occident, pour éradiquer le fléau.
Le parti El Vadila, présidé par Outhmane Abou Mâali regroupe des traditionnalistes dont la philosophie reste ambigüe. Ce parti est complètement méconnu sur la scène nationale et paraît effacé depuis sa création. Elle représente une aile négligeable qui végète sous l’ombre du pouvoir en place et manque de clarté dans ses discours. Elle serait d’ailleurs, selon plusieurs analystes de nature plus rébarbative à toute ouverture intellectuelle et à tout modernisme.
Beaucoup ont d’ailleurs mis sur le dos du superflu la naissance d’un nouveau parti traditionnaliste et salafiste dénommé El Bir, dont les partisans vont même jusqu’à rejeter dans leur jargon le mot "politique" qu’ils assimilent à de la déviance religieuse, selon l’analyse pertinente qu’a fait sur le sujet le confrère Raby Ould Idoumou.
Ce dernier courant est le plus dangereux mouvement que la Mauritanie pourrait connaître, certains de ses leaders n’hésitant pas à assimiler la démocratie à de la mécréance car contraire à la Sharia. Cependant, ce courant reste encore marginal dans une société mauritanienne largement tolérante et ouverte. A côté, pullulent un certain nombre de groupuscules islamiste, dont certains se disent d’inspiration shiite, d’autres d’inspiration wahabites.
L’ancrage démocratique donne peu de place aux courants islamistes Cependant, malgré leur floraison et leur dynamisme, les courants islamistes en Mauritaniens restent minoritaires dans les suffrages. Le parti le plus constitué, Tawassoul, aligne depuis sa reconnaissance des scores encore modestes. Aux élections présidentielles de 2009, Mohamed Jemil Mansour n’avait récolté que 4,76% des suffrages. Aux élections législatives de 2006 (les dernières en date, les islamistes de Tawassoul n’avaient obtenu que 2 sièges sur 95 tandis qu’ils ont gagné peu de commune aux municipales.
Une faible représentativité électorale qui en dit long sur l’influence des partis d’obédience islamiste sur la population mauritanienne réfractaire à toute politisation du religieux et à toute religiosité en matière politique. Sur les rapprochements présumés entre certains courants islamistes et la philosophie des intégristes du Nord Mali (Aqmi, Ançar Dine et Mujao), il n’est pas exclu qu’il existe des points de jonction sur la pratique religieuse sans que cela ne puisse évoluer vers une réelle accointance, jugent certains islamistes interrogés à ce sujet.
Cheikh Aïdara
