19-09-2012 09:34 - Goutte d’eau sale…

Goutte d’eau sale…

Rebelote. Voilà que le monde musulman s’enflamme, suite à une énième attaque islamophobe.

Cette fois, il s’agit d’une production cinématographique qui, après avoir reçu un zéro pointé, lors de sa première diffusion dans une salle obscure de Californie (aucun billet vendu, vingt minutes après le début de sa projection !), s’est vu offert une seconde chance sur You Tube. Ses propos injurieux sur le prophète – Paix et Bénédictions sur Lui (P.B.L.) – y provoquent, immédiatement, l’indignation et, parfois, la fureur.

Promotionné par des extrémistes chrétiens islamophobes, comme le tristement célèbre pasteur de Floride, Terry Jones, connu pour avoir brûlé publiquement des exemplaires du Saint Coran, le film a été produit par Nakoula Basseley, un copte égyptien vivant en Califormie, actuellement poursuivi par la justice américaine pour fraude bancaire.

Les acteurs interrogés affirment avoir été trompés, croyant jouer dans un film de fiction épique, et découvrant, ensuite, qu'un doublage avait transformé leurs répliques en propagande anti-musulmane.

Provocation délibérée ou nouvelle déjection de la bêtise humaine ? Car, en dépit de sa qualité de navet total, le film est un véritable coup de poignard dans le dos de la communauté copte égyptienne qui s’y voit injustement associée. Et dans celui d’Obama, puisque le gouvernement des Etats-Unis se retrouve, également, accusé de complicité dans le crime. La question est assez délicate, en ce début de campagne électorale où l’on subodore un coup fourré de partisans républicains.

Le 1er amendement de la Constitution américaine, relatif à la liberté d'expression, interdit, en effet, les poursuites pour des propos insultants ou diffamatoires, ne permettant « aucune loi qui touche l'établissement ou interdise le libre exercice d'une religion, ni qui restreigne la liberté de parole ou de la presse ».
Mais la question juridique déborde largement de ce strict cadre. Les responsables du film (producteur, réalisateur, promoteurs) pouvaient-ils ignorer les risques qu’ils faisaient encourir à leurs communautés (coptes, américaines, chrétiennes, etc.), en provoquant, directement, l’émotivité de plus d’un milliard de personnes ? Les précédents notoires (caricatures du prophète – P.B.L. – crémations du Saint Coran, etc.) ont révélé, à tous, les dangers publics de tels errements.

L’affaire se solde, pour l’instant, par une dizaine de morts et des frais, diluviens, d’urgence sécuritaire. Sans présumer des légitimes poursuites contre les meurtriers directs, il faudra bien examiner, tôt ou tard, la responsabilité de ceux qui ont mis le feu aux poudres.

Le pire, peut-être, en cette affaire, relève de l’effet cumulé. Une telle grossière production ne devrait pas susciter plus d’intérêt qu’une chiure de mouche. Mais elle vient après d’autres, dans un contexte où l’Occident, d’une manière générale ; les Etats-Unis, en particulier ; sont perçus comme des agresseurs institutionnels – culturels, en premier chef ; mais aussi, physiques : de l’Irak à la Libye, la liste s’est singulièrement allongée, en vingt ans – du monde musulman.

La coupe est pleine, à ras bord, et chaque goutte d’eau fait déborder le vase. Le drame, qui interroge tout humain un tant soit peu consciencieux – un musulman ne l’est-il pas, au plus haut point ? – est que ce débordement agresse, en définitive, des innocents qui n’ont, a priori, que le seul tort d’être de la même nationalité ou religion que les vrais coupables. Musulmans, nous ne pouvons admettre l’injure à notre prophète – P.B.L. – mais nous n’avons pas le droit d’imputer, à quiconque, un crime qu’il n’a pas personnellement commis.

C’est entre ces deux impératifs qu’il faut organiser notre légitime réaction. En utilisant, notamment, la liberté d’expression si chère aux Américains : pour chaque chiure de mouche, dix œuvres d’apologie du prophète – P.B.L. – bien réalisées, adaptées aux divers publics qui le connaissent peu ou prou. Mobilisons-nous, donc, pour notre devoir de témoignage, à mille lieues de toute haine stérile. Cela demande un peu plus d’efforts que des assassinats ou des déprédations mais c’est autrement plus musulman et efficace, deux adjectifs qu’on aimerait voir toujours synonymes…

Tawfiq Mansour


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