01-09-2012 11:52 - Maghreb : L’automne salafiste menace la fragile démocratie née du printemps arabe
La Tunisie, tout comme la Libye ou le Maroc, est actuellement confrontée à une poussée de fièvre extrémiste qui profite souvent des ambiguïtés politiques des partis islamistes arrivés au pouvoir lors du printemps arabe.
L’été politique a été agité en Tunisie. La pression de plus en plus forte de la minorité salafiste inquiète de nombreux Tunisiens et remet en question les espoirs nés lors de la « révolution de jasmin ». Les débordements des « barbus » ont commencé depuis plusieurs mois. Après avoir attaqué les universités pour y imposer leurs vues, les salafistes ne manquent pas une occasion de manifester leur vision de la société.
Ils ont notamment perturbé le festival de Bizerte, pour y clamer leur refus de la culture ouverte que la Tunisie défend depuis des dizaines d’années. Ces débordements ont même fait des victimes (lire ci-dessous). La fièvre fondamentaliste multiplie les interrogations d’une majorité de Tunisiens, à l’égard du pouvoir qui a succédé au régime du président Ben Ali.
La Tunisie est aujourd’hui gouvernée par une « troïka », composée du parti islamiste Ennahda et de deux formations de centre-gauche : le Congrès pour la République, et Ettakatol.
Le leader du CPR, Moncef Marzouki a accédé à la présidence de la République alors qu’un membre d’Ennahada, Hamadi Jebali, occupe le poste de Premier ministre.
La troïka tunisienne menacée
Depuis plusieurs semaines, les relations entre ces deux formations se sont dégradées. Voici quelques jours, le président de la République a sévèrement critiqué son Premier ministre et le parti islamiste. Nous « avons le sentiment que nos frères d’Ennahda s’emploient à contrôler les rouages administratifs et politiques de l’État », écrivait Moncef Marzouki aux militants de son parti, réunis en congrès.
Ce n’est pas le premier accroc qui menace la « troïka » dont, à en croire beaucoup de Tunisiens, les jours seraient comptés.
D’autres nuages s’amoncellent au-dessus de la fragile démocratie tunisienne. L’examen de la nouvelle constitution piétine, et une disposition prévue pour y figurer inquiète nombre de Tunisiennes. La future constitution pourrait remettre en question le statut de la femme tunisienne, héritage de l’ère Bourguiba. Ce statut assure l’égalité homme-femme, ce qui pourrait ne plus être le cas dans la future constitution.
La poussée religieuse surfe sur les difficultés économiques, comme dans d’autres pays maghrébins. Un récent sondage effectué en Tunisie révélait que 63,5 % des Tunisiens sont opposés à la charia. Malgré tout, 22 % d’entre eux veulent l’application immédiate de la loi islamique.
Contrairement à leurs voisins égyptiens et tunisiens, les Libyens ont élu en juillet dernier une assemblée à majorité « libérale ». Mais, dans le chaos politique qui règne en Libye, les institutions sont quotidiennement remises en question par les clans surarmés.
Fanatiques armés en Libye
Les salafistes sont particulièrement actifs et ont commencé, comme au nord du Mali, à détruire des mausolées. Écœuré par les combats claniques et le désordre, le ministre de l’Intérieur a démissionné avant de revenir à son poste. Ce geste était destiné à souligner l’incapacité du pouvoir à lutter contre les fanatiques armés qui veulent imposer leurs idées à la société libyenne.
Dans les autres pays d’Afrique du Nord, la situation demeure tendue. Au Maroc, les salafistes mènent une croisade contre les femmes, multipliant les provocations.
Si le climat algérien paraît plus serein, l’été a été marqué par des attentats attribués aux terroristes proches d’Al-Qaida, qui ont subi des revers. Mais comme ailleurs au Maghreb, la paupérisation de la société et le chômage endémique qui touche la jeunesse fabriquent un terreau propice aux salafistes et autres partisans d’un État théocratique d’où toute liberté serait bannie.
Par Raymond Couraud
