27-08-2012 08:32 - Les imams mauritaniens plaident la modération
Les religieux mauritaniens réfléchissent à la manière dont la société peut parvenir à l'équilibre en évitant les excès dangereux. Les imams mauritaniens ont célébré l'Aïd al-Fitr par de nouveaux appels à la modération et à la paix. Les textes islamiques "prônent la paix et la fraternité entre tous les hommes", a déclaré Ahmedou Ould Lemrabott, imam de la grande mosquée de Nouakchott, le dimanche 19 août.
Il a condamné le fanatisme religieux et "les mauvaises interprétations des textes islamiques". En lieu et place du Conseil Supérieur des Fatwas, un comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice devrait être créé, a dit Ould Lemrabott durant son sermon, prononcé en présence du président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz et de hauts dignitaires du régime.
"Ceci, avec la justice, l’autorité, la police et le marché, constituent les fondements d’un Etat islamique", a-t-il expliqué. Pour sa part, Sidi Ould Bilal, imam de la mosquée Oumar Ibn Abdel Aziz d’El Mina, a affirmé que "l’islam a condamné vigoureusement l’excès en matière de religion et en a fait une déviation qui écarte du droit chemin et conduit à l’abus."
Une telle attitude extrême affaiblit la société musulmane et met en péril sa cohésion, a ajouté Ould Bilal.
"L’islam voit en tout excès une cause de mal et une source d’injustice, de déviations et de dépravations. Et pour cause, l’excès conduit au fanatisme qui va à l’encontre de la nature humaine saine et renverse l’ordre naturel des choses comme Dieu a voulu qu’il soit. "
Ould Bilal a insisté sur le fait qu'à " l’image du fanatisme religieux, la pensée a ses propres formes d’excès, tant en théorie qu’en pratique."
"C’est pourquoi la modération est une qualité louable qui doit prévaloir en toute circonstance", a-t-il souligné.L'imam a expliqué qu'en arabe, les mots "justice", "modération" et "équivalence" dérivent d’un seul radical. Ainsi, la modération est synonyme de justice.
"Et la société musulmane est une société modérée car elle croit en la justice" a indiqué l'imam à Magharebia. "Cet idéal est contraire aux allégations colportées au sujet des sociétés islamiques taxées de fanatisme du fait du caractère prétendument extrémiste de l’islam".
Seydou Saar, imam dans le quartier populaire de Basra, a exprimé le même point de vue. "L’islam est en rupture avec toute tendance au fanatisme et la société islamique est loin d’être propice à quelque forme d’extrémisme que ce soit et encore moins le monde islamique", a-t-il estimé.
"S’il est des cas isolés de fanatisme enregistrés par-ci ou par-là , il est aberrant d’en faire une grandeur de mesure générale en prétendant que l’islam et les sociétés musulmanes portent en eux les germes du fanatisme", a affirmé Saar.
"Modération et juste milieu, tels sont les deux maîtres mots du système d’éducation politique en islam. Ils sont inscrits au cœur de cette conception", a-t-il ajouté.
Il a cité le hadith d'Abou Hurairah : "La religion est aisance et facilité. Jamais quelqu’un ne cherchera à rivaliser de force avec la religion sans que celle-ci ne l’écrase. Suivez plutôt la voie sage du juste milieu, rapprochez-vous en douceur de la perfection et soyez optimistes ".
"Ce hadith nous montre l’importance de ne pas faire preuve d’exagération. En matière de pratique religieuse, le juste milieu est le mot d’ordre", a expliqué Saar.A la veille de l'Aïd El-Fitr, le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz a appelé les Mauritaniens à s’engager davantage sur le chemin de construction du pays "en toute loyauté et persévérance".
Par Bakari Gueye pour Magharebia à Nouakchott
