06-08-2012 00:43 - Productions d’album musicaux sur le marché : Le calvaire des 'Coyotes'.
Faire de l’art en Mauritanie est un vrai casse-tête pour les artistes. Produire aussi est une autre paire de manche. Après tant d’années de travail et de dépenses d’énergies, les artistes, notamment les rappeurs, se retrouvent confrontés à des problèmes de productions. Cela demande des fonds importants qu’ils n’ont pas toujours. D’où ces carrières qui s’achèvent en queue de poisson et ces rêves sans lendemain.
Manque de structure et de statut dans la production musicale en Mauritanie. Les artistes locaux livrés à eux-mêmes vivent le calvaire d’une carrière musicale inachevée et se retrouvent le plus souvent poussés à l’exil.
D’autres quittent tout simplement le crédo, font avorter leur talent et se convertissent dans d’autres métiers plus lucratifs. Les plus chanceux parviennent après moult acrobaties à mettre un album sur le marché.
Mais ils ne sortent pas de l’auberge, car d’autres difficultés sont là , tel l’écoulement du produit. Du coup, ils sont obligés de vendre les CDs parallèlement aux billets d’entrées de leur première soirée de gala pour écouler le maximum avant de faire la course au montre avec les pirates à l’intérieur du pays. L’année 2011-1012 a été l’année la plus riche en production d’albums Rap mauritaniens. La liste est longue, " Batake " "Soco Clan ", " Mane ak yene " "Youpy ", " Kalden Gonga " "Fore Trankil ", " Yo Bone Was Dono " "Habobé Bassal ", " Nanguito " "RJ", " Plan B " "Military Underground"…
Des albums produits et écoulées avec des budgets salés sans retour consistants.
" Le véritable problème, c’est la structuration qui fait que la distribution ne pourra guère être fructueuse si l’artiste compte sur une seule soirée pour la vente de son produit " déclare Yéro Abdoulaye Sow, coleader du groupe Minentey. Selon lui, un album ne peut pas payer les frais de sa confection. Il n’y a pas un prix pour une syllabe de chaque mesure, ajoutera-t-il en substance, faisant remarquer que " l’artiste ne vit point de son art " et qu’au niveau des sponsors, il faut faire le lèche-botte ou la marionnette pour obtenir un appui.
Il trouve cependant qu’il existe des groupes qui ont bien réussi. Pour Daouda Niang alias Dadino, producteur du studio 308, a souligné que sortir un album pour un rap n’est pas du tout facile en Mauritanie où le développement de la Culture n’existe pas dans le carnet de nos dirigeants. Il a affirmé que l’enregistrement d’un seul morceau se fait de 15 000 à 20 000 Um mais pour les rappeurs Mauritaniens c’est juste 10 000 Um voire 8000 Um en citant le cas de Adviser.
Selon lui à part l’album de P.A, c’est le groupe de Habobé Bassal qui a dépensé colossalement sa production en faisant des déplacements entre la Mauritanie et le Sénégal, précisant que le plus souvent les artistes vendent 700 à 800 CD rare sont les rappeurs qui arrivent à vendre 1000 CD.
" Pour l’album " Plan B " enregistré en France, P.A a dépensé 6 millions d’ouguiyas pour la production et 895 00 Um pour la recette de la sortie d’album à l’Ancienne Maison de Jeunes " indique Madou Fall, Manager de Diam Min Tekki. " Il a fait des sacrifices pour tenir ses promesses et ne pas décevoir ses fans qui l’attendaient " ajoutera-t-il.
Cheikh Oumar NDiaye
